Pour beaucoup, travailler à l’étranger s’accompagne d’un sentiment globalement positif, malgré les fréquentes violations des droits.

« Une personne peut se trouver en position très vulnérable en partant à l’étranger. Il est tout aussi difficile de partir que de trouver un nouvel emploi après avoir déménagé dans un autre pays. En outre, ignorant à peu près tout des lois nationales ou des systèmes de protection, je me sentais nettement plus vulnérable car je n’avais aucune idée des protections juridiques mises à ma disposition dans le système législatif national. »

– Une personne interrogée dans le cadre de l’enquête préalable au rapport « Garantir des droits en matière de migration et de mobilité du personnel enseignant ».

Bien que bon nombre d’enseignant(e)s déclarent généralement avoir un sentiment positif par rapport à leur expérience de travail à l’étranger, le fait de traverser les frontières dans le cadre professionnel les expose à certains risques et accroît leur vulnérabilité. Comme d’autres migrant(e)s, les enseignant(e)s qui travaillent à l’étranger sont susceptibles d’avoir le « mal du pays », d’être confronté(e)s à un choc culturel et de devoir surmonter des obstacles à la communication. Certains enseignant(e)s ont signalé des violations flagrantes des droits humains, civiques et syndicaux.  Des enseignant(e)s ont été victimes de discrimination et de racisme de la part des élèves, des parents, de leurs collègues et de leurs employeurs. En outre, la relation entre le statut d’immigrant(e) et l’emploi peut exposer les migrant(e)s à l’exploitation économique. Les exemples suivants illustrent de graves problèmes rencontrés par les enseignant(e)s migrant(e)s à l’étranger. 

Des atteintes aux droits des expatrié(e)s aux Maldives ont été reportées par la Haute Commission indienne, qui a signalé comme problèmes rencontrés par les ressortissant(e)s indien(ne)s la conservation par l’employeur des passeports et autres documents de voyage, l’intimidation, la fraude et la discrimination. Les inquiétudes concernant le traitement des enseignant(e)s expatrié(e)s aux Maldives se sont encore intensifiées après l’agression d’un professeur de physique indien par un groupe d’habitant(e)s locaux/ales en mai 2013. Irritée par les allégations selon lesquelles l’enseignant aurait frappé un étudiant, la population locale a pris d’assaut l’école où il travaillait, et lui a infligé des blessures nécessitant son hospitalisation. Son retour en Inde pour bénéficier d’autres soins a ensuite été retardé en raison de l’incapacité des autorités éducatives à traiter sa demande de visa en temps opportun. Les tensions ont perduré et, quelques semaines après l’agression, une dizaine d’enseignant(e)s indien(ne)s travaillant également sur l’île où l’incident a eu lieu ont démissionné ou demandé leur transfert, par crainte pour leur sécurité.

En savoir plus

Nazeer, Ahmed. « Kumubdhoo Islanders Bash Indian Teacher After Accusing Him of Hitting Student », Minivan News, 15 mai 2013.

Merrett, Neil. « Indian Teacher Attacked in Maldives Requires Visa Renewal Before Travelling Home for Treatment », Minivan News, 18 mai 2013.

Merrett, Neil. « Indian Teachers Request Transfer, Quit Posts After Kumndhoo School Attack », Minivan News, 20 mai 2013.

Les questions relatives à la liberté d’expression et au droit d’accéder à un procès équitable ont été soulevées lorsque Dorje Gurung, un enseignant népalais travaillant au Qatar, a été démis de son poste de professeur de chimie et arrêté pour trahison au printemps 2013. Les accusations faisaient suite à un incident au cours duquel M. Gurung, après avoir résisté aux moqueries permanentes et aux commentaires racistes, a exhorté ses élèves à réfléchir à leurs agissements. Les autorités ont cependant interprété la réaction de M. Gurung envers ses élèves comme une insulte à la religion musulmane. En l’absence de représentation juridique, M. Gurung risquait sept ans de prison, et seule la mobilisation générale de ses sympathisant(e)s a permis d’infléchir la décision des autorités du Qatar et d’obtenir sa libération. 

En savoir plus

Kaphle, Anup. « Qatar Jails a Nepali Teacher on Charges of Insulting Islam », Washington Post, 9 mai 2013.  

En 2008, le suicide de deux enseignantes originaires des Philippines, recrutées pour enseigner les mathématiques et les sciences à Baltimore, aux Etats-Unis illustre de manière tragique et extrême la façon dont le choc culturel et le stress quotidien peuvent affecter le personnel enseignant migrant. Les deux enseignantes ont souffert de l’éloignement de leurs familles et de leurs communautés, et se sont retrouvées face à des difficultés financières en tentant d’aider leurs proches, restés aux Philippines. En outre, elles ont rencontré des problèmes liés à l’enseignement dans des écoles pour lesquelles il est difficile de trouver du personnel, où la violence de la part des élèves et les problèmes de discipline représentent un stress quotidien. Malheureusement, ces facteurs associés à d’autres problèmes personnels et au manque de soutien adéquat ont finalement conduit ces deux femmes à se donner la mort.

En savoir plus

Neufeld, Sara. « Broken Hearts, Broken Dreams », Baltimore Sun, 24 février 2008. 

Ces exemples, bien qu’ils soient exceptionnels, mettent en évidence les situations dangereuses auxquelles le personnel enseignant peut être exposé à l’étranger, et nous rappellent que les syndicats doivent s’efforcer de défendre les droits des migrant(e)s sur le lieu de travail, comme dans leur vie quotidienne.