Lorsqu’elle enseignait dans le Sud des Etats-Unis, Filipina Ingrid Cruz, originaire des Philippines, a bénéficié du soutien d’un syndicat pour lutter contre les pratiques non éthiques d’un recruteur international.

« Aux Philippines, lorsque j’ai pris la décision difficile de quitter ma famille pour aller travailler aux États-Unis, j’ai fait ce que je devais faire. J’ai recherché les agences de recrutement accréditées auprès de notre Agence pour l’emploi outre-mer (Overseas Employment Agency) et j’ai tout fait pour m’assurer de traiter avec une agence légale. Pourtant, j’ai dû payer des frais d’inscription, ce qui n’était que le début des problèmes pour moi et mes 350 compatriotes.

 

Immédiatement après notre arrivée aux Etats-Unis, une deuxième agence nous a emmené(e)s dans un endroit où nous avons été contraint(e)s de signer un deuxième contrat. Elle a aussi conservé nos passeports. Je m’en souviens encore... Ce deuxième contrat stipulait le paiement de frais supplémentaires et contenait de nombreuses violations de nos droits fondamentaux. Mais comme nous avions déjà investi tellement d’argent et contracté tant de dettes à ce stade, il nous était impossible de revenir en arrière ou de sauter dans le premier avion pour retourner chez nous. Donc, nous avons signé, une deuxième fois.

 

Une fois sur notre lieu de travail en Louisiane, les problèmes ont encore empiré.  La recruteuse avait signé des baux locatifs en notre nom, dont le montant était supérieur au prix du marché, et a décidé unilatéralement avec qui nous devions vivre. Elle nous a également demandé de ne pas parler à la population locale ni de nous affilier à un syndicat. Elle ne nous lâchait pas d’une semelle et nous appelait souvent pour nous harceler ou nous intimider si elle n’appréciait pas notre comportement. Elle a menacé de nous renvoyer chez nous, et s’est servie du renouvellement de visa comme argument pour nous extorquer davantage d’argent.

 

Je n’oublierai jamais le moment où elle entamé des poursuites contre moi pour avoir ouvert un blog destiné à attirer l’attention sur notre traitement. Elle s’arrangeait pour que les notifications du tribunal me soient remises en classe devant mes élèves.

 

Ce n’est que grâce à la défense juridique que m’a offerte l’American Federation of Teachers que je suis toujours aux Etats-Unis aujourd’hui, enseignant la robotique, accompagnée désormais de ma famille. C’est pourquoi je reste convaincue que la liberté syndicale est d’une importance capitale pour le personnel migrant, parce que c’est un syndicat qui nous a aidé(e)s à faire entendre nos voix et à demander réparation. »