Si l’on se base uniquement sur les indicateurs de développement mesurant la réduction de la pauvreté, la qualité de l’éducation et celle des services de santé, et non sur les déterminants de la croissance économique, on constate que les Philippines ont régressé au cours de cette dernière décennie, alors que les envois de fonds des émigrés philippins ont triplé. 

Environ un(e) Philippin(e) sur sept travaille à l’étranger. Les Philippines représentent un modèle important, non seulement en raison du volume de personnel infirmier et enseignant envoyé à l’étranger, mais aussi parce que le gouvernement a créé une infrastructure administrative conséquente pour faciliter l’exportation de sa main d’œuvre. 

Le pays engrange plus d’un milliard de dollars américains sous la forme de transfert de fonds. Entre 1998 et 2007, les transferts d’argent vers les Philippines ont quasiment triplé (Schelzig, 2005). Bien que les études démontrent que ces transferts de fonds contribuent à l’amélioration du niveau de vie d’une majorité de ménages comptant des migrant(e)s, ils n’ont pas suffi, à eux seuls, à faire exploser le développement dans l’ensemble du pays. En réalité, il a été démontré que ces pertes en personnel enseignant et infirmier portaient préjudice aux systèmes de santé et d’éducation publics. L’Institut des politiques migratoires indique que ces transferts permettent aux familles bénéficiaires d’accéder plus facilement aux services d’éducation et de soins de santé. Mais, étant donné que les ménages bénéficiant de ces transferts de fonds peuvent s’offrir des services d’éducation et de santé autres que ceux en piteux état offerts par le gouvernement, les montants colossaux envoyés par les travailleurs/euses ne contribuent en rien à l’amélioration de la qualité des services hospitaliers et éducatifs du pays, pas plus qu’à l’éducation pour tous. 

Pauvreté

A titre d’exemple, la Banque asiatique de développement (BAD) présente une analyse plutôt pessimiste de l’évolution de la pauvreté aux Philippines :

« L’étendue de la pauvreté monétaire aux Philippines n’a cessé de croître entre 1985 et 2000... En 2000, on comptait quatre millions de pauvres supplémentaires par rapport à 1985 »

Education

Dans ce domaine, la BDA identifie trois problèmes majeurs dans le système éducatif philippin : diminution de la fréquentation scolaire, qualité médiocre des services et hausse du taux d’abandon scolaire.

« Lorsque les enfants ont accès aux écoles primaires publiques, le nombre d’élèves par classe est très élevé et ne cesse de croître... Quant à la qualité du personnel enseignant, il s’agit d’un autre problème... Les compétences en anglais, l’un des atouts compétitifs des Philippines, sont elles aussi en chute libre. Une étude menée récemment par le gouvernement montre que seul(e) un enseignant(e) sur cinq dans l’enseignement supérieur public possède une bonne maîtrise de l’anglais. »

Les Philippines enregistrent le plus grand nombre d’élèves par enseignant(e) en Asie et, dans la région de Manille, il n’est pas impossible de voir une centaine d’élèves par classe, voire davantage.  L’idée souvent mise en avant selon laquelle les Philippines comptent trop de personnel enseignant est biaisée.  Le pays ne connaît pas de pénurie mais, en raison d’un financement insuffisant, le système éducatif n’offre pas suffisamment de postes et nécessiterait le recrutement d’un plus grand nombre d’enseignants afin de réduire les effectifs des classes et d’améliorer la qualité de l’éducation.

Outre les problèmes liés au nombre d’enseignant(e)s qui quittent les Philippines, le pays se heurte à un obstacle plus important encore : la qualité des services.  L’Agence philippine pour l’emploi outre-mer est le principal organisme gouvernemental chargé de faciliter l’émigration de la main-d’œuvre.  Un rapport émanant de cette institution souligne l’impact négatif des recrutements qu’elle organise :

« Aux Philippines, la fuite des cerveaux est évidente, tant dans le secteur de l’éducation publique que dans le privé, bien que le phénomène soit plus répandu dans le premier cas.  Les domaines les plus touchés sont l’enseignement spécialisé ainsi que les sciences et les mathématiques dans le  primaire et le secondaire... Les personnes qui émigrent vers d’autres pays pour enseigner sont généralement plus qualifiées. Trouver des gens compétents pour les remplacer n’est pas facile. »

Agence philippine pour l’emploi outre-mer (POEA). 2006 National Manpower Summit: Overseas Employment, A Brief on the Migration of Teaching Professionals. POEA: 2006.

Références bibliographiques

Schelzig, Karen. Poverty in the Philippines: Incomes, Assets, and Access. Hong Kong: Asian Development Bank (ADB), 2005.