Le rapport commandité par l’IE « Garantir des droits en matière de migration et de mobilité du personnel enseignant » formule huit stratégies et recommandations :

  1. Améliorer la collecte de données et les rendre publiques
  2. Protéger les droits du personnel enseignant migrant et répondre à ses besoins professionnels
  3. Etendre les possibilités de participation des enseignant(e)s à des programmes d’échange professionnels et linguistiques adéquatement structurés
  4. Réduire la dépendance à l’égard du recrutement international lorsqu’il s’agit de répondre aux pénuries de personnel enseignant ou de stimuler le développement économique et social du pays.
  5. Impliquer le personnel enseignant et les syndicats dans la recherche de solutions aux crises
  6. Limiter et réglementer le rôle des agences de recrutement internationales
  7. Autonomiser le personnel migrant au travers des syndicats
  8. Créer un cadre politique harmonisé

Améliorer la collecte de données et les rendre publiques

Améliorer l’accès à des données plus pertinentes constitue un facteur essentiel pour mieux comprendre les tendances en matière de migration et leurs répercussions. Les agences gouvernementales et les organisations internationales devraient recueillir et mettre à disposition des informations détaillées sur le personnel enseignant international, tout comme il est nécessaire de mener davantage de recherches qualitatives et quantitatives pour obtenir des données sur les tendances et leurs effets. Les recherches doivent être menées en poursuivant les objectifs suivants :

  • Diffuser à grande échelle un instrument permettant de recueillir et analyser des témoignages de personnel enseignant migrant
  • Analyser les avantages professionnels apportés par les échanges internationaux et les caractéristiques d’un programme d’échange efficace
  • Etudier les effets de l’émigration du personnel enseignant sur le pays d’origine, ainsi que les modèles pouvant potentiellement atténuer ses effets négatifs
  • Analyser les implications de la migration des femmes enseignantes
  • Recueillir des informations sur l’étendue de la déprofessionnalisation au sein de l’éducation et sur l’ampleur de la fuite des cerveaux dans ce secteur, résultant de la migration du personnel enseignant, et envisager des politiques capables de limiter l’ampleur de ce phénomène
  • Analyser le rôle que peut jouer le personnel enseignant réfugié dans la recherche de solutions aux crises et la reconstruction.

Protéger les droits du personnel enseignant migrant et répondre à ses besoins professionnels

Comme chaque enseignant(e), le personnel enseignant migrant a, lui aussi, besoin d’être encadré pour pouvoir s’adapter à son nouvel environnement pédagogique. Il ne fait pas exception à la règle. La réussite de tout recrutement international du personnel enseignant repose en priorité sur deux facteurs essentiels : une orientation d’ordre culturel et le développement professionnel. Le personnel recruté doit bénéficier d’un encadrement permanent pour assurer son efficacité optimale devant sa classe.

L’égalité de traitement, quels que soient le genre, la race, la nationalité ou la langue, doit être au cœur de tout plaidoyer en faveur d’une migration fondée sur la primauté du droit. Les politiques favorisant les inégalités entre les enseignant(e)s doivent être bannies.

Pour le personnel enseignant migrant, les problèmes liés à l’équivalence des certifications peuvent représenter un obstacle considérable à la mobilité et l’empêcher d’être rémunéré à la mesure de ses qualifications dans le pays hôte. Les politiques en matière de reconnaissance des certifications doivent être normalisées, systématiques et transparentes.

Etendre les possibilités de participation des enseignant(e)s à des programmes d’échange professionnels et linguistiques adéquatement structurés

Un investissement public systématique permet de développer efficacement les programmes d’échange s’adressant au personnel enseignant. Toutefois, les mesures d’austérité fiscale et la tendance à la privatisation des services éducatifs représentent une menace pour ce type de programmes.

Comment garantir l’efficacité optimale d’un programme d’échange ?

  • Recruter des effectifs hautement qualifiés.
  • Prévoir un encadrement et une durée aptes à favoriser le développement professionnel
  • Maximiser les avantages mutuels, tant pour le pays d’accueil que pour le pays d’origine.

Réduire la dépendance à l’égard du recrutement international lorsqu’il s’agit de répondre aux pénuries de personnel enseignant ou de stimuler le développement économique et social du pays

Il convient de réduire, à l’échelle mondiale, la dépendance à l’égard du recrutement international visant à répondre à des pénuries de personnel tout à fait prévisible. Ce modèle d’embauche n’apporte aucune solution aux besoins réguliers d’effectifs ni aucune réponse cohérente pour stimuler le développement économique et social. En cas de nécessité, le recrutement international doit s’inscrire dans le cadre d’une stratégie visant à apporter des solutions durables aux pénuries. A cette fin, il faut éviter que le personnel enseignant soit soumis à des conditions de travail précaires et lui offrir la possibilité d’obtenir un statut permanent dans le pays d’accueil.

Impliquer le personnel enseignant et les syndicats dans la recherche de solutions aux crises

La migration forcée requiert de la part des gouvernements, des organismes humanitaires, des donateurs et des organisations non gouvernementales de prendre des mesures concertées pour garantir un accès immédiat aux besoins de base. Même en plein cœur d’une crise existentielle, l’éducation revêt une importance cruciale pour rétablir à la fois l’espoir et un sentiment de normalité. Afin d’instaurer une éducation performante, les syndicats doivent créer des partenariats avec les organismes humanitaires et les différents intervenants, orientés sur des initiatives visant à intégrer davantage le personnel enseignant réfugié à leurs programmes d’aide. Même dans les situations les plus difficiles, le personnel enseignant conserve une forte identité professionnelle et peut s’avérer d’une utilité inestimable dans la recherche de solutions pour la reconstruction et sa planification.

A l’inverse, la déprofessionnalisation résultant de l’obligation pour le personnel migrant de rechercher un emploi dans d’autres domaines que l’éducation représente un gaspillage de l’investissement dans sa formation. Davantage d’efforts doivent être consentis pour permettre au personnel enseignant de poursuivre sa carrière dans l’enseignement.

Limiter et réglementer le rôle des agences de recrutement internationales

Il est majoritairement admis que le secteur du recrutement international de personnel enseignant doit être soumis à une réglementation. L’IE et ses affiliés continueront à plaider en faveur du renforcement et de l’amélioration des réglementations, tant au niveau national qu’international. La transparence, la responsabilité de l’employeur et l’interdiction de faire supporter des frais de recrutement au personnel sont des composantes essentielles de toute réglementation cohérente et efficace. En outre, les pouvoirs publics doivent s’engager à libérer des fonds pour faire en sorte que ces réglementations soient appliquées et prévoir des sanctions pénales suffisamment lourdes pour dissuader tout contrevenant qui chercherait à enfreindre la loi.

Parallèlement à leur plaidoyer en faveur d’une amélioration des cadres juridiques, les défenseurs des droits des migrant(e)s recherchent également d’autres moyens d’assainir les pratiques de recrutement, au travers de l’élaboration de stratégies, de codes d’éthique volontaires ou de plates-formes permettant au personnel migrant de rendre publique l’expérience vécue auprès des recruteurs et des employeurs

Autonomiser le personnel migrant au travers des syndicats

Afin d’orienter dans la bonne direction les tendances en matière de migration du personnel enseignant, les syndicats doivent mettre au point des stratégies diversifiées et coordonnées. A lui seul, un syndicat ne peut comprendre qu’une petite partie de la problématique liée à la migration du personnel enseignant. Il nous faut mettre en commun nos informations, nos points de vue et nos stratégies si nous souhaitons nous attaquer aux causes et aux conséquences de la migration à l’échelle mondiale, de manière responsable et efficace. Des partenariats pertinents requièrent de véritables intérêts mutuels, un engagement durable et le partage de valeurs fondamentales.

Au travers de relations transnationales et de réseaux de communication ouverts, les syndicats seront mieux en mesure de s’informer mutuellement des actions à mener en cas de besoin, et mieux préparés à coordonner les stratégies. Les travailleurs et les travailleuses doivent être représenté(e)s par des syndicats puissants, dans leur propre pays comme partout ailleurs où ils/elles souhaitent s’établir pour exercer leur profession, en veillant à ce que la transition se fasse dans les meilleures conditions possibles. La mission de l’Internationale de l’Education est essentielle dans ce cadre :

  • Recueillir des informations et des données à travers le monde pour mettre en lumière les bonnes pratiques et dénoncer les injustices.
  • Faciliter les relations entre les syndicats des pays d’origine et de destination.
  • Défendre une migration équitable et plaider en faveur de politiques de développement auprès des Nations Unies, de la Banque mondiale et d’autres organisations internationales.

Ce n’est qu’en collaborant à l’échelle mondiale que les syndicats pourront coordonner efficacement leurs efforts et leurs engagements dans le domaine de la migration du personnel enseignant.

Créer un cadre politique harmonisé

De nos jours, les facteurs qui favorisent la migration du personnel enseignant dépendent autant des politiques éducatives que des réglementations en matière de migration ou d’emploi. Malgré cela, la plupart des pays du monde continuent à définir leurs propres politiques en l’absence de toute concertation et n’aboutissent en général qu’à une fragmentation des objectifs et à toute une série de problèmes. C’est pourquoi une approche de la migration fondée sur la primauté du droit requiert un cadre politique cohérent, englobant à la fois les droits des travailleurs et des travailleuses, ceux du personnel migrant et l’éducation de qualité

Politique en matière d’éducation

  • Elaborer des programmes scolaires adéquatement conçus pour préparer la jeune génération à la citoyenneté dans une économie mondialisée
  • Mettre fin au caractère obsessionnel des évaluations à grande échelle
  • Garantir un accès universel et équitable à l’éducation de qualité
  • Réaliser des investissements conséquents dans le développement professionnel des enseignant(e)s et leur formation initiale et continue
  • Garantir la parité salariale et l’égalité des avantages par rapport au personnel travaillant dans d’autres secteurs professionnels et ayant le même niveau de qualifications
  • Créer des environnements scolaires sûrs et sains pour l’enseignement et l’apprentissage
  • Etablir un système équitable pour la reconnaissance des certifications des enseignant(e)s ayant suivi une formation à l’étranger

Politique en matière de migration

  • Mettre un terme aux programmes de travail temporaire, responsables de la précarisation de l’emploi et dictés par la demande des employeurs.
  • Réglementer les agences de recrutement et leurs pratiques
  • Permettre au personnel enseignant migrant d’accéder à la justice et garantir pleinement leurs droits
  • Obligation de démontrer la pénurie de main-d’œuvre locale avant de recruter à l’étranger
  • Instaurer des normes rigoureuses pour les programmes d’échange culturels et professionnels (réciproques, de préférence)

Politique économique/emploi

  • Liberté syndicale pour les employé(e)s du secteur public et privé
  • Droits en matière de négociation collective pour les employé(e)s du secteur public et privé
  • Equité salariale pour un travail de même nature, quel que soit le pays d’origine
  • Investissement conséquent dans l’éducation publique
  • Régime d’imposition équitable pour soutenir les services publics
  • Prévoir des processus efficaces en matière de création d’emploi et de planification de la main-d’œuvre
  • Mettre fin aux restrictions imposées par les institutions financières internationales s’appliquant aux dépenses publiques et encourageant une diminution des montants injectés dans l’éducation et les soins de santé.