Le personnel enseignant migrant est souvent désavantagé ou relégué à un statut inférieur si la valeur de ses qualifications et le poids de son expérience ne sont pas reconnus à l’étranger.

Bon nombre d’enseignant(e)s migrant(e)s se heurtent en effet à une multitude de barrières administratives quasi incontournables dans leurs démarches visant à obtenir la reconnaissance de leurs certifications. Le personnel doit franchir plusieurs étapes, notamment :

  • Obtenir le statut légal d’immigré
  • Satisfaire aux exigences d’entrée dans le système éducatif national
  • Se conformer aux politiques et procédures mises en place au niveau national, fédéral, étatique, provincial, voire local
  • Obtenir l’autorisation légale de travailler avec des enfants
  • Prouver son adéquation en regard au poste à pourvoir ainsi que ses compétences linguistiques, notamment en autorisant une vérification auprès de ses employeurs précédents
  • Placement dans les écoles

L’ensemble de ces démarches peut parfois constituer un terrain favorable aux pratiques discriminatoires, au désenchantement et à la détresse. Un enseignant décrit l’expérience qu’il a vécue dans le cadre de ses démarches pour obtenir la certification lui permettant d’enseigner la physique dans les écoles publiques australiennes :

« Pour obtenir ma certification, il m’a fallu prouver durant deux semaines que j’étais bel et bien enseignant, même si au cours des 18 mois de procédures liés à ma candidature, j’avais déjà mis tous mes CV sur la table, ainsi que toutes mes références écrites et étayées par des montagnes de preuves, tout cela pour m’annoncer au final que je ne recevrais pas l’autorisation d’enseigner. Alors, j’expliquais que j’avais déjà fourni tel ou tel document, mais on me répondait sans cesse que non... qu’il s’agissait d’une procédure différente. Cette procédure a duré des mois. »

-- In Reid, Carol, Jock Collins et Michael Singh. Global Teachers, Australian Perspectives: Goodbye Mr Chips, Hello Ms Banerjee. Singapore: Springer Science+Business Media, 2014.

La plupart des enseignant(e)s ne baissent pas les bras dans ce parcours du combattant, pour la simple raison que les certifications servent à déterminer les salaires. Mais il convient néanmoins de préciser que la déprofessionnalisation et les processus de re-certification sont souvent considérés comme des barrières à la fois épuisantes et discriminatoires qui ne facilitent en rien l’intégration.

C’est pourquoi le Commonwealth a décidé de définir des cadres et des normes pour la reconnaissance des certifications du personnel enseignant. Une étude commanditée par le Secrétariat a analysé dans quelle mesure les certifications et les accréditations du personnel enseignant étaient reconnues et transférables au sein des Etats membres. Il s’avère que bon nombre de pays ont développé des cadres nationaux de qualifications (NQF) pour faciliter à la fois le transfert des certifications et la migration. Plus de 50 NQF étaient déjà appliqués et 3 étaient en cours d’élaboration au niveau régional. Les auteurs suggèrent d’utiliser l’accréditation professionnelle pour définir le statut d’enseignant(e) au niveau international, ce qui, selon eux, serait autant profitable à l’enseignant(e) qu’au pays importateur (Morrow et al., 2006).

Dans le cadre d’une étude de suivi, des données émanant de 35 pays du Commonwealth ont permis de comparer les qualifications fort différentes des enseignant(e)s. Les auteurs ont examiné plusieurs critères, dont les exigences professionnelles pour enseigner, la durée de la formation, les caractéristiques du lieu de travail, le niveau le plus bas pour entrer dans l’échelle de qualification et le stade où il est situé par rapport à la certification complète (Keevy & Jansen, 2010). Ils ont constaté que le baccalauréat en éducation était la qualification préférée pour le personnel enseignant du primaire et du secondaire, bien que tenter de décrire explicitement et en toute transparence ce que signifie réellement une qualification au travers des institutions et des frontières relève quasiment de l’impossible. (Keevy, 2011)

Références bibliographiques

Keevy, James et Jonathan Jansen. Commonwealth Teacher Qualifications Comparability Table. London: Commonwealth Secretariat, 2010.

Keevy, James. « Recognizing Teacher Qualifications in the Commonwealth: Exploring the Language of Comparability » In Global Mobility and Migration of Teachers: Issues, Identities and Infringements, édité par Sadhana Manik et Anand Singh, 109-114. Delhi: Kamla-Raj Enterprises, 2011.

Morrow, Wally et James Keevy. The Recognition of Teacher Qualifications and Professional Registration Status across Commonwealth Member States. London: Commonwealth Secretariat, 2006.