Les agences de recrutement sont les premières à tirer directement profit de la migration internationale des enseignant(e)s. Pourtant, la plupart d’entre elles exercent le plus souvent leurs activités sans être soumises à une quelconque réglementation. La présence de ces intermédiaires augmente le risque d’exploitation des employé(e)s professionnel(le)s.

Particulièrement répandu dans le domaine de la migration mondiale des enseignant(e)s, le recrutement international s’effectue principalement de trois façons différentes :

  • Embauche directe par un employeur
  • Pourvoi d’un poste par un intermédiaire privé
  • Via les agences de placement du personnel, où le recruteur joue également le rôle d’employeur et loue les services d’un(e) travailleur/euse dans le cadre de son affectation à des postes temporaires au sein d’une entreprise 

Les études révèlent que le recrutement direct par l’employeur est une pratique de moins en moins courante, contrairement à l’intervention des agents privés, dont le rôle ne cesse de s’affirmer (Martin, 2005). Cette tendance accroît la vulnérabilité des travailleurs/euses et les expose au risque de se voir manipuler par leurs employeurs.

Les recruteurs jouent un rôle significatif. Les conclusions de l’enquête mondiale de l’IE « Garantir des droits en matière de migration et de mobilité du personnel enseignant » montrent que :

  • 32 % des enseignant(e)s ont participé à un entretien avec un recruteur
  • 35 % des enseignant(e)s ont déclaré avoir bénéficié d’une intervention du recruteur pour l’obtention d’un logement et l’organisation de leur voyage
  • 57 % ont déclaré que le recruteur avait joué un rôle de conseiller
  • 31 % ont déclaré que le recruteur leur avait offert des opportunités de développement professionnel.
  • 20 % ont indiqué que le recruteur était chargé d’évaluer leur performance professionnelle

Lorsque les enseignant(e)s ont la chance de travailler avec un recruteur agissant dans le respect des principes éthiques, l’ensemble des services qui leur sont offerts peuvent s’avérer particulièrement utiles dans le cadre de leur expérience professionnelle à l’étranger. Toutefois, les agences cherchant plutôt à tirer parti de l’exploitation des travailleurs/euses sont susceptibles d’agir à chaque niveau d’interaction pour exercer ou maintenir un contrôle sur les recrues et leur extorquer de l’argent. En l’absence de réglementations efficaces, les candidat(e)s recruté(e)s par des agences internationales s’exposent souvent à de graves abus, dont les pratiques frauduleuses, la discrimination, les pressions économiques, les représailles, les servitudes pour dettes, voire le trafic d’êtres humains. Ces formes d’exploitation n’ont pas épargné les enseignant(e)s.

L’intervention d’agents privés dans le processus de recrutement génère une véritable course au profit, dont l’objectif consiste à pousser un maximum d’enseignant(e)s à travailler à l’étranger et à pourvoir le plus grand nombre de postes possible – la rentabilité des agences étant proportionnelle au nombre de candidat(e)s placé(e)s par leur intermédiaire. Tout aussi problématique, les études révèlent une tendance à faire supporter les frais liés au recrutement non plus par les employeurs, mais par les travailleurs/euses (Martin, 2005).  Pour certains enseignant(e)s, les facteurs incitatifs sont tels qu’ils/elles n’hésitent pas à contracter des prêts, au risque de s’exposer à un endettement exorbitant, afin de pouvoir obtenir un poste à l’étranger, notamment lorsque les salaires annoncés sont nettement supérieurs à ceux offerts dans leur pays. Pour la plupart des aspects de la migration et de la mobilité du personnel enseignant, une coordination transfrontalière sera nécessaire si l’on souhaite appliquer une réglementation efficace. Généralement, les pratiques frauduleuses en matière de recrutement commencent dans le pays d’origine de l’employé(e), lors de l’acquittement des frais demandés et de la signature du contrat de travail. Les employeurs qui recherchent du personnel doivent également se montrer responsables face aux agissements des recruteurs. La Convention 181 de l’OIT sur les agences d'emploi privées stipule un certain nombre de principes fondamentaux destinés à garantir l’éthique dans le cadre du recrutement, notamment l’interdiction d’imposer des frais aux travailleurs/euses, ainsi que plusieurs codes de conduite volontaires et protocoles dont plusieurs s’appliquent au secteur de l’éducation.

Ainsi, si vous avez l’intention d’enseigner dans un autre pays, soyez vigilants vis-à-vis d’agences d'emploi privées ou de recruteurs peu scrupuleux. Vous pouvez vous référez à la liste des « 10 questions à se poser avant de partir »  disponible sur ce site Internet.

Références bibliographiques

Philip Martin. « Managing Labour Migration: Professionals, Guest Workers and Recruiters » Rapport présenté à la réunion du Groupe d’experts des Nations Unies portant sur la migration internationale et le développement, New York, 6-8 juillet 2005.