Dans le cadre d’un projet de trois ans financé par l’IE et la Friedrich Ebert Stiftung, les affiliés de l’IE d’Indonésie, de Malaisie et des Philippines se sont rencontrés à Kuala Lumpur pour un atelier de 3 jours (du 29 septembre au 1er octobre) pour discuter de la migration enseignante et en particulier, des aspects relatifs à la protection sociale.

Pour les délégué(e)s, cet atelier fut une occasion importante de partager des informations et des connaissances sur leur expérience respective de migration enseignante au niveau national.

Les Philippines constituent une importante « économie exportatrice de main d’œuvre » : on estime à 1 sur 7 le nombre de Philippin(e)s travaillant à l’étranger. C’est un cas d’école intéressant, non seulement en raison du volume de travailleurs/euses - dont un nombre important d’enseignant(e)s - que le pays envoie à l’étranger, mais aussi en raison de l’étendue du dispositif administratif que le gouvernement a mis en place pour simplifier et réglementer l’exportation des travailleurs/euses. Ce système est en effet reconnu comme l’un des systèmes de licence et de contrôle des recruteurs les plus développés au monde. Au cours de l’atelier, les affilié(e)s du pays ont présenté les résultats d’une recherche conduite en 2013. Celle-ci a révélé que bon nombre d’enseignant(e)s démissionnent pour quitter le pays et travailler dans un autre secteur (principalement le secteur domestique et des soins), ce qui pose la question inquiétante de la déqualification des enseignant(e)s migrant(e)s. Les syndicats ont également pris connaissance de la tendance récente et inquiétante des enseignant(e)s à se rendre en Indonésie et dans les Etats du Golfe pour y enseigner l’anglais. Ils ont informé les participant(e)s du fait qu’une étude de suivi centrée sur cinq régions doit commencer bientôt pour collecter davantage de données sur la migration des enseignant(e)s.

La Malaisie connaît un taux d’immigration important, pas seulement à l’échelle de l’Asie, mais aussi à l’échelle mondiale. La majeure partie des enseignant(e)s travaillant en Malaisie en ce moment sont des expatrié(e)s et enseignent dans des collèges et des écoles internationales. Peu de données sont disponibles sur l’importation d’enseignant(e)s étrangers/ères travaillant dans d’autres secteurs. Même si l’Indonésie ne dispose pas de données précises sur la migration des enseignant(e)s, il s’agit du premier pays d’origine des étrangers/ères travaillant en Malaisie, et de l’un des pays les plus représentés dans le secteur domestique.

L’un des principaux objectifs de l’atelier était d’apporter aux affiliés les connaissances et les ressources leur permettant d’assurer le plaidoyer pour les droits des migrant(e)s, tout spécialement sur les questions relatives à la protection sociale, et de promouvoir l’Agenda pour le travail décent de l’OIT aux niveaux national et régional (ASEAN). Les Philippines sont le seul pays ayant ratifié les Conventions 97 (de 1949) et 143 (de 1975) de l’OIT sur les travailleurs migrants. La Malaisie n’a quant à elle ratifié que la première. Par ailleurs, les trois pays en sont à des stades différents de la discussion et de la mise en œuvre des cadres de protection sociale pour les travailleurs/euses migrant(e)s.

Une réunion de suivi sera organisée à Manille, aux Philippines en 2016. Elle permettra de partager les résultats des recherches de terrain sur la migration des enseignant(e)s et les questions relatives à la protection sociale. Les preuves rassemblées seront utilisées dans une deuxième phase du projet afin d’entreprendre un lobbying auprès des gouvernements aux niveaux national et régional, d’étendre la couverture de sécurité sociale à la main d’oeuvre migrante et, de manière plus générale, d’adopter et de renforcer les normes internationales de travail afin de garantir les droits fondamentaux des travailleurs/euses migrant(e)s.